Covid19 – Confinés en milieu ouvrier : les jeunes témoignent (6)

Semaine du 4 au 10 mai 2020

Sixième semaine de témoignages de jeunes confinés en milieu ouvrier ! Plus que jamais, il apparait indispensable pour la JOC de rendre visibles ces vies confinées. C’est maintenant une certitude, nous ne sommes pas tous égaux face au confinement… Au sein du mouvement, les jeunes sont nombreuses et nombreux à appréhender cette période pour leurs conditions de vie et de travail notamment. Parce qu’elles et ils valent plus que tout l’or du monde, la JOC publie chaque jour sur son site (ainsi que sur Facebook, Twitter et Instagram) et depuis les débuts de cette crise sanitaire leurs témoignages. 

« J’espère qu’on refondera une société qui respectera l’humanité et l’environnement »

« Je suis confiné chez moi avec Graziella ma copine, je vis cette situation plutôt bien. Ce que je vis bien, ce sont les moments de partage avec les proches, les voisins, les collègues, les amis. Bien sûr, avec les règles barrières et de confinement… En JOC, j’ai participé à l’apéro virtuel de la JOC de Lyon, j’ai fait révision de vie avec mon équipe, j’ai participé à un temps foi avec la JOC de Lyon avec un partage sur le lavement des pieds avec Jésus. Vivre la semaine Sainte et les fêtes de Pâques m’a donné un temps de recueillement et de prières intenses. Je suis ma formation (préparation aux métiers de l’intervention sociale et de l’animation sociale) avec les Céméa et ATD Quart Monde malheureusement c’est en ligne, cela aurait été mieux en présentiel avec les collègues de la formation. Je lis des livres, je regarde des séries, je joue aux jeux vidéo, je promène mon chien, bref je prends le temps de faire les choses.
J’ai pu aussi agir concrètement en m’inscrivant sur la Réserve civique pour être bénévole renfort à la Croix Rouge française et répondre a l’appel de la responsable de l’association Société Saint Vincent de Paul pour assurer l’aide alimentaire que j’avais entendu à la radio RCF Saint Etienne. J’aide les plus démunis en participant à cette action de solidarité. J’applaudis aux fenêtres pour soutenir les associations et les professionnels qui nous aident à vivre ce confinement et aussi à soigner les malades, cela fait chaud au cœur toute cette solidarité. J’ai lancé aussi des actions solidaires avec mes voisins avec les kits voisins solidaires et le kit Croix Rouge en proposant des services et en proposant des animations dans la résidence avec toujours les règles barrière et le confinement. Je fais aussi des manifs à la fenêtre en ayant mis mes revendications sur des affiches à mes fenêtres.
Mes angoisses, c’est le virus qui traine partout et peut affecter mes proches qui ont une santé fragile et aussi les conditions de vie des personnes isolées. Quand j’écoute certains qui croient aux théories complotistes, isolés et touchés parce qu’un de leurs proches a été atteint du Covid 19, je n’ai pas les mots pour les aider à sortir de cette spirale infernale. Les parents de copains JOC qui ont été touchés par ce virus, cela me rend triste mais plein d’espérance pour leur guérison. En faisant les courses, les tensions sont présentes au sein de la population, parfois des cris éclatent. Le fait que je sois au chômage technique car les structures de médiation ont du fermer, c’est pas simple. Je ne me sentais pas utile avant de m’engager dans des actions de solidarité.

Cette crise sanitaire a été mal gérée par nos gouvernants, nos différents gouvernements ont affaiblis nos services hospitaliers par des politiques de budgétisation de nos services publics alors que la santé ne devrait pas être une affaire de rentabilité financière. Puis, avec le manque de matériels : masques, gels, gants, nous dépendons d’autres pays qui ont subi cette crise donc notre économie sanitaire et nous dépendons aussi d’entreprises délocalisées qui font travailler des travailleurs précaires. J’espère que la société en prendra conscience et qu’on refondera une société qui respectera l’humanité et l’environnement.
Mes espoirs c’est que les personnes continueront de vivre la solidarité tous les jours avec les plus démunis, et que nous changions notre modèle de société : mettre l’économie au service de l’humanité, que nos services publics ne soient pas dans une logique de rentabilité mais au service du bien commun. »

Loïc, 26 ans, Saint-Etienne (42)

« J’ai du mal à visualiser mon avenir actuellement »

« Je fais le confinement avec ma mère et mon frère. Je bossais en intérim depuis un an et demi dans une boîte d’étude de sol j’avais prévu d’arrêter le 3 avril et j’ai du arrêter plus tôt faute au confinement. Comme j’avais prévu d’arrêter ma mission je ne me prend pas la tête pour la suite du boulot. J’ai commencé ce confinement en étant un peu malade et comme mon frère est handicapé j’ai eu peur pour lui, mais au final tout le monde va mieux. Comme je souhaite reprendre des études dans le domaine du massage après mon boulot, le confinement m’empêche d’aller rencontrer des professionnels. J’ai du mal à visualiser mon avenir actuellement. Mes occupations en cette période sont surtout du repos et des jeux vidéo. J’essaie de faire du rangement dans ma chambre mais je m’aperçois qu’il me manque des meubles donc les affaires commencent sérieusement à s’entasser… Et j’avoue que le fait de ne pouvoir voir mes amis me manque. Je garde le contact avec mes amis via le téléphone. Pour mon équipe JOC nous avons fait un appel conférence mais on a eu quelques problèmes de logistique tout le monde n’arrivant pas à se connecter à l’appel conférence (via Skype). Et si je devais dire un mot aux autres jocistes, je leur souhaiterais bon courage pour traverser cette période et de ne pas céder à la peur de la maladie. »

Benoît, 24 ans, Poitiers (86)

« Quelle colo vais-je pouvoir faire cet été en tant qu’animateur ? »

(Merci à Jonathan, jociste à JOC Bordeaux, d’avoir recueilli ce témoignage !)

« J’ai 21 ans, je m’appelle Thomas et suis en troisième année de droit à Bordeaux. Je suis confiné à Bègles. Je suis avec un prêtre, qui m’héberge depuis 2 ans. Nous faisons donc les messes dans le salon, à deux. J’imagine bien être un des rares français à pouvoir bénéficier de l’eucharistie… J’ai hésité à rentrer chez mes parents et mes 3 frères et sœurs à St Médard-en-Jalles, mais ayant encore du travail, j’ai préféré rester au calme pour le réaliser. Je dispose d’un espace plutôt confortable, j’ai une grande chambre, une cuisine, ainsi qu’une cour avec un peu d’espace vert. Pour mes repas, j’ai fait des courses assez conséquentes est variées, avec de la viande, du poisson, des légumes, des laitages, afin de ne pas avoir à sortir rapidement. J’ai une connexion internet fiable, ce qui me permet de réaliser vidéo-conférences avec la fac, ainsi que des appels vidéo avec mes amis. Je travaille, je lis, je construis une maquette de bateau, et regarde films et séries pour passer le temps. J’ai pu aller faire un footing, la veille où la zone de déplacements a été restreinte à 1km autour de chez soi. Donc depuis, je ne suis plus sorti courir, j’irai peut-être me dégourdir les jambes dans ce rayon de 1km autour de la maison un peu plus tard. En attendant, je tonds la pelouse, et j’arrose des plantes qui m’ont été offertes au Lidl il y a deux semaines en allant faire les courses. Elles étaient certainement en rade, car peu de monde les aurait achetées pendant le confinement… Je pense donc ne pas être à plaindre, je suis plutôt content de la situation de confinement dans laquelle je vis. Sans doute, cela commencera à être long. Cependant, je me pose des questions pour plusieurs échéances : quand passerai-je mon permis de conduire que j’étais censé passer début avril ? Quelles seront mes dates de partiels qui devaient avoir lieu début mai ? Quelle colo vais-je pouvoir faire cet été en tant qu’animateur ? Malgré toutes ces questions, j’essaie de relativiser, parce que certaines personnes de mon entourage ont été plus affectées. Ma sœur a dû rentrer à Bordeaux alors qu’elle était à Londres pour son stage de fin d’étude. Elle n’aura fait qu’un mois de stage sur quatre. J’imagine sa déception… Bon courage à tous, patience est mère de sagesse. Comme dirait un de mes profs de licence, « profitez de ce temps de confinement, lisez ! Lisez ! »

Thomas, 21 ans, Bègles (33)

« Je ne devais pas y travailler avant cet été, mais ils ont eu besoin de renfort pour remplacer les titulaires »

« Cette année, j’étais en prépa sociale pour préparer les concours et entrer dans une école de travailleurs sociaux. J’étais en réorientation car avant cela j’avais fait un BTS Comptabilité. Avec la crise sanitaire, tous les concours sont annulés, nous serons sélectionnés sur dossier. C’est dommage car mon année de prépa me servait à préparer les concours. Je me suis inscrite sur Parcoursup et j’ai demandé 7 écoles. Heureusement, pour les concours il y a des regroupements d’école, je n’ai pas eu à payer pour chacune d’elles. Je comptais beaucoup sur l’oral, et là je serai sélectionné avec le bac, moins sur mon parcours.
En ce moment, je fais des remplacements dans un foyer qui accueille des personnes en situation de handicap. Je ne devais pas y travailler avant cet été, mais ils ont eu besoin de renfort pour remplacer les titulaires notamment. C’est un peu dommage d’y retourner dans ces conditions, mais j’aime bien ce que j’y fais.
Pour le confinement, je suis rentrée chez mes parents, je n’avais pas envie de rester dans 20m2. Je fais du tir à l’arc en compétition, ça me manque beaucoup et je ne peux pas m’entrainer chez moi… J’ai appris qu’à partir du 11 mai on pourra reprendre très légèrement, mais il n’y aura pas de compétition avant octobre. »

Chloé, 20 ans, Cholet (49)

« Ce qui est difficile c’est d’être forcé à rester chez soi, de ne pas avoir de loisirs ou de moment à soi. »

« J’habite avec ma mère et ma grand-mère, à Langonnet, une petite commune de 1500 habitants. Nous y avons emménagé juste avant le confinement. Il y a majoritairement des personnes âgés, mais dans le bourg, j’ai vu quelques jeunes.
A la maison, c’est moi qui m’occupe des courses et de la cuisine, ma grand-mère est âgée et ma mère est handicapée. Je vais faire les courses, je m’occupe de l’aménagement, du jardin.
Je suis sans emploi, en théorie, cet été je vais travailler pour la saison dans une conserverie. Si tout va bien, mon contrat pourrait aller jusque fin décembre. J’y ai déjà travaillé l’an dernier, et ça m’avait plu. J’étais opératrice machine, c’est ce qui est écrit sur la fiche de paie. J’étais en fin de circuit et je surveillais la machine qui mettait les conserves sur la palette : un palettiseur. J’ai bien aimé.
En ce moment, j’aime beaucoup faire la cuisine, la vaisselle un peu moins, mais je n’ai pas le choix. Ce soir je prépare une paëlla.
Ce qui est difficile c’est d’être forcé à rester chez soi, de ne pas avoir de loisirs ou de moment à soi. D’être peinard en fait.
J’ai rencontré la JOC en 2014 à Rennes. Puis dans le Morbihan. Je devais participer au Conseil national de la JOC les 11, 12, 13 avril et y intervenir en tant que  « jeune témoin ». Malheureusement c’est repoussé au printemps prochain. »

Rozenn, 26 ans, Langonnet (56)

 

 

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