Covid19 – Confinés en milieu ouvrier : les jeunes témoignent (3)

Semaine du 13 au 19 avril 2020

En ce lundi de Pâques, voilà une troisième semaine de recueils de témoignages qui démarre ! Les jeunes du milieu ouvrier et des quartiers populaires ainsi que leurs familles subissent et subiront de plein fouet les effets de cette crise sanitaire qui vient frapper durement les plus précaires. Car oui, nous ne sommes pas tous égaux face au confinement… Au sein du mouvement, les jeunes sont nombreuses et nombreux à appréhender cette période pour leurs conditions de vie et de travail notamment, la crise que nous traversons renforce et rend visible les inégalités. Parce qu’elles et ils valent plus que tout l’or du monde, la JOC publiera chaque jour sur son site (ainsi que sur Facebook et Twitter) leurs témoignages pour rendre visible leurs vies en milieu ouvrier et quartiers populaires.

 

« J’ai appelé tous les jocistes isolés de la fédé pour parler un peu avec eux, voir comment ils allaient, c’était important pour moi »

« T’es moins fatiguée, tu dors tard, et du coup tu te lèves tard. J’ai l’impression que je me laisse aller. Plusieurs amies m’ont dit « je me couche à 4h et je me lève à 14h ». Je sors pas beaucoup même sortir 1h par jour je ne le fais pas. Je préfère rester chez moi. Je me dis si ils en font autant c’est pour que les gens ne sortent pas donc j’ai en tête de respecter le confinement et sortir quand vraiment il faut. La conséquence c’est que quand je sors je me fatigue super vite et ça me fait peur quand je vais reprendre une vie normale… Dans la rue, quand tu croises quelqu’un t’es gênée et la personne aussi ça fait bizarre.
Sinon je le vis bien, j’ai pu défaire pleins de cartons que je n’avais pas encore eu le temps de défaire car j’ai emménagé y a peu, je passe du temps sur mon balcon, je vais voir mes parents deux fois par semaine, ma sœur est venu chez moi quelques jours. J’arrive à parler avec plusieurs personnes tous les jours. J’ai piqué l’ordi chez mes parents pour m’occuper.
Il y a des moments où je m’ennuie mais ils ne durent pas longtemps car je trouve vite quoi faire, j’aime bien les travaux manuels notamment l’origami que je fais depuis petite. Je regarde aussi des séries y en a pleins que je n’avais pas encore regardées.
Je suis en alternance pour être préparatrice en pharmacie. Dans celle où je travaille, je suis prévenue le vendredi ou le samedi pour le lundi, c’est en fonction des besoins. Je n’ai pas encore travaillé depuis le confinement et je ne pense pas que mon chef m’appellera, car il veut un apprenti pour réceptionner les commandes grossistes et robots et moi je suis formée pour les commandes normales. D’un côté je me dis que ce n’est pas si mal car j’ai moins de chance d’être contaminée mais d’un autre côté ça me faisait sortir et voir du monde.
La prof hier nous a envoyé un mail, on ne sait toujours pas si on aura les épreuves, ils annulent les épreuves du bac et nous, y a toujours pas de décision. Je ne trouve pas ça normal le bac c’est important mais les autres examens aussi. Ils ont annulé les concours des grandes écoles mais nous rien alors que c’est quasiment au même moment.
Quand tu sors en ville tu regardes les panneaux publicitaires t’as que des trucs sur le Covid t’as plus de pubs… On survit là, on vit plus la France est sur pause, t’as plus de passe temps : le but c’est survivre à la maladie, c’est l’impression que ça donne. Je suis allée au centre commercial les panneaux n’affichent que les gestes pour se protéger. Quand tu vois le nombre de personnes qu’il y a dehors je me demande si tout le monde a compris la gravité, y a de tout ceux qui prennent pas conscience et d’autres sont en panique totale comme ma sœur elle touche rien elle va dans les magasins les mains dans les poches. Y a des règles simples, faut juste les respecter et ça suffit.
J’aimerais dire aux jocistes de ne pas aller en panique totale, tant qu’on respecte les règles, il n’y a pas à paniquer. On a le temps de prendre soin de nous, par exemple ma sœur ça fait un bon moment qu’elle voulait faire un masque pour ses cheveux qui devenaient gras… Là elle l’a fait.
Pour le carême on disait de se concentrer sur soi et de faire attention aux autres : justement là on a du temps pour ça. Quand t’es tout seul tu es content que quelqu’un t’appelle. Je me suis mis à la place de ce qu’ils pouvaient ressentir donc depuis le début du confinement, j’ai appelé tous les jocistes isolés de la fédé pour parler un peu avec eux, voir comment ils allaient, c’était important pour moi. »

Johndrine, 25 ans, Fédération Loire Sud Yssingelais

« La peur, c’est de perdre ma place au boulot »

« Je suis confiné avec ma mère, mon père, mes deux frères et ma copine. Et il y a Igor mon chat, et Cannelle, Cachou, Mimine, Clochette, 5 chats en tout. Je pète des plombs. Je suis à mon premier café de l’après midi. Je change des lustres à la maison. Je vais monter une bouteille de gaz chez ma tante à Evin-Malmaison tout à l’heure sinon elle ne pourra pas souper. Après je vais faire des courses. Mon boulanger me ramène le pain à la maison. Je passe toutes mes journées dans mon atelier, je bricole beaucoup.
La peur que j’ai, c’est que suite au covid 19, je perde ma place au boulot. J’espère que je vais pouvoir retravailler rapidement. Je travaille dans le bâtiment, mon patron a reçu l’ordre d’arrêter le chantier. Et là, j’attends, je ne sais pas quand je vais reprendre.
Et puis, j’ai peur de ne plus avoir de jeunes en équipe JOC et au CJPE (Comité de jeunes privés d’emploi). Là, on arrive à faire Révision de Vie en visio, on a créé un groupe pour avoir les jeunes. Mais franchement, c’est pas pareil, c’est pas pratique. Ça me manque. Ça va être long pour les jeunes et moi aussi. Le truc qui est dur à tenir, c’est d’encourager les jeunes.
Tous les soirs je fais une prière : je demande à Jesus qu’il accepte tout le monde et qu’il accueille toutes les personnes mortes du Covid19. Qu’il veille sur les personnes atteintes pour qu’elles ne meurent pas. Que Jésus prenne soin des fédéraux et des jocistes aussi. »

Reginald, 24 ans, Evin Malmaison (62)

« En JOC, on a fait une Révision de vie sur Instagram »

« Je suis chez mes parents, avec mon frère qui est au collège. Je trouve que j’ai de la chance, on a un jardin. Je suis mes cours avec Pronote, tous les lundis à 17h, j’ai un cours en visio.
Juste avant le confinement, j’étais en stage depuis une semaine. Le dimanche soir, mon proviseur m’a appelé à 22h30 pour me dire que je ne pouvais pas poursuivre mon stage. Ce stage permet de valider mon bac pro « Mécanique automobile, maintenance des véhicules ». Pour le moment on ne sait pas trop pour la suite. Pour ceux qui ne peuvent pas faire le stage il y aura des dérogations d’après ce que j’ai compris.
En JOC, on a fait une Révision de vie sur Instagram, sur nos manières de vivre le confinement. Maintenant on va passer sur Discord, parce que c’est plus pratique pour continuer nos projets et prévoir la suite. »

Jonathan, 18 ans, Saint-Quentin-de-Baron (33)

« Pas reprendre comme avant, ce serait pire »

« Je travaillais dans une entreprise adaptée, une usine qui fabrique des badges pour les immeubles. Il nous donne les pièces et on a juste les assembler. Le 16 mars dans l’après midi, on nous a annoncé qu’on allait cesser le travail. Je suis au chômage technique.

Ce qui me fait chier, plus que le boulot, c’est qu’il n’y a pas de JOC, ça me manque. Je regarde des vidéos, je fais du désherbage, tout à l’heure, j’ai même fait un Scrabble toute seule.

Pour la JOC, ça m’embêtait que ça ne bouge pas alors même qu’on est confinement. Alors, on échange avec les fédéraux : qu’est-ce qu’on souhaite mener comme action ? Qu’est-ce qu’on pourrait faire en confinement ? C’est ça qui me manque, alors je vais essayer de faire bouger ça. Vivement que ça se termine, qu’on puisse se retrouver avec les copains et copines.

Heureusement que je suis encore chez mes parents, ils me permettent de relativiser, on est en bonne santé. J’espère que le confinement aura du bon. La nature doit reprendre ses droits, on a fait trop de conneries. J’espère que ça va faire murir les gens, sur cette société de consommation, et que ça ne va plus continuer comme avant. J’essaye de positiver, revenir aux bases, enlever les artifices, simplifier un max. Relativiser ! Ce serait bien que ça reprenne tout doucement après le confinement. Pas reprendre comme avant, ce serait pire. »

Angèle, 25 ans, Cholet (49)

« J’habite avec mon père dans une chambre d’hôtel »

« J’habite avec mon père. Ce qui est dur, c’est qu’on habite dans une chambre d’hôtel, qu’il y a juste un micro ondes pour faire la cuisine et qu’on vit dans la même pièce. Nous sommes hébergés par le 115. Ça fait 5 ans, on a l’habitude. Mes parents sont séparés, ma mère est avec ma sœur, elles sont hébergées aussi par le 115 mais dans un autre hôtel.
Je suis au lycée, en terminale. Y’a les cours en ligne. Là j’ai du temps pour me reposer, je joue à des jeux. Avec les amis, on s’écrit parfois sur Snapchat. Pour le moment, je ne les vois pas car il vaut mieux. Je ne m’inquiète pas pour le virus car on ne bouge pas. Mais c’est un changement dans ma vie, y’a 3 semaines, je partais à l’école tous les jours. »

Pétrit, 18 ans, Strasbourg (67)

« Avant le confinement, je cherchais du travail dans l’aide à la personne »

« J’aurai 25 ans le 18 avril. Je suis confinée sur Sallaumines avec mes parents, Jeanne et Paul, et puis Newton (en photo), Portos et Isis qui sont mon chien et mes deux chats. Hier j’ai fait une crème dessert avec ma maman et j’ai mangé deux parts. J’ai rangé ma cabane de jardin tout à l’heure. J’essayais de prendre des mesures pour installer un rideau. Je joue avec mon chien Newton, enfin c’est lui qui joue avec moi. J’envoie des messages avec Snap et Messenger à mes amis. Mes peurs, c’est que j’avais des rendez vous Pole Emploi et Mission locale mais c’est tombé en plein le confinement donc je n’y suis pas allée. Et depuis je n’ai aucune nouvelle. Mes coups de blues étaient partis et ils sont revenus depuis le confinement. Je regarde des séries et mes dvd d’Indiana Jones avec ma mère. L’après confinement ? Je vais voir tous mes amis parce que je me fais bien ch***.
Mes parents sont considérés comme « à risque », je fais les courses. Mais je n’ai pas le permis, alors, c’est mon père qui conduit et il m’attend sur le parking.
Avant le confinement, je cherchais du travail dans l’aide à la personne, j’avais suivi une formation. J’avais passé mon titre ADVF (Assistant de vie aux familles) il y a quatre mois, je devais avoir les résultats en mars, je pense que je vais avoir des nouvelles bientôt. A la sortie du confinement, je chercherai dans tout car j’ai aussi un CAP et un BEP dans l’entretien des locaux.
En JOC, on fait des réunions, via Messenger, y’a des moments où l’un d’entre nous ne capte pas mais on arrive toujours à reprendre. On se retrouve une fois par semaine ou tous les 15 jours. »

Annabelle, 25 ans, Sallaumines (62)

« Attacher de l’importance à des petites choses qui nous semblaient naturelles »

« J’ai 77 ans et vis seule le confinement. Ce confinement difficile à vivre au début, permet quand on l’a apprivoisé de ressentir plus d’émotions, d’attacher de l’importance à des petites choses qui nous semblaient naturelles : le soleil qui inonde mon balcon et permet à mes plantes de s’épanouir, l’attention que nous avons les uns pour les autres, ces applaudissements collectifs à 20 heures pour remercier ceux qui prennent soin de nous, ces appels téléphoniques familiaux ou amicaux, enfin se poser et prendre le temps de vivre quand la vie semble s’arrêter alors qu’en temps ordinaire nous passons de l’un à l’autre de nos engagements sans discontinuer. Prenez soin les uns des autres. Fraternellement. »

Merci à Chantal Thenoz, militante ACO (Action catholique ouvrière), mère et grand-mère de jociste pour son témoignage plein d’espoir !

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