Parole du mouvement – Questionnaire CNA

Parole du mouvement – Questionnaire Campagne Nationale d’Action

Lundi 28 juin 2021, 

Ce mois de juin marque la fin de la première année de la Campagne Nationale d’Action de la JOC, Au-delà des masques. Antisèche pour ceux qui n’auraient pas suivi : en JOC, la CNA c’est une campagne dans toutes les fédérations pendant deux ans autour d’un thème choisi par les jeunes en amont. Depuis août 2020, les militantes et militants agissent ensemble pour lutter contre les discriminations et déconstruire les stéréotypes. Pendant ces deux années, les jeunes se découvrent et révèlent la richesse de leur diversité. Pour clore cette première année, les aller-vers ont été vécus dans de nombreuses fédérations pour recueillir la parole des jeunes du milieu ouvrier et des quartiers populaires concernant les discriminations. Les jocistes sont allés proposer le questionnaire créé pour l’occasion à leurs copains et copines mais aussi dans les quartiers, dans des lieux de vie des jeunes ou encore dans la rue pour rassembler le plus de témoignages possible.

Le constat est radical : TOUS ET TOUTES ont vu et/ou vécu des situations de discrimination. Les questionnés mentionnent un champ lexical autour de l’injustice, de la colère et de la tristesse quand elles et ils pensent à la discrimination de genre, au racisme, aux discriminations selon l’origine sociale, à l’homophobie, à la grossophobie, à l’antisémitisme … Si chaque sondé affirme qu’elle ou il en a été témoin, c’est bien que les discriminations sont affreusement banalisées dans nos vies. Les propos injustes viennent parfois d’inconnus, mais pas que. C’est ce qui les rend encore plus insidieux. Luc explique : “Ça m’est arrivé d’entendre des propos discriminatoires de la part d’amis mais pas envers des personnes qu’ils voyaient, qui étaient en face d’eux. C’était plutôt en nous racontant des moments vécus et ils peuvent évoquer des propos discriminatoires. C’est toujours choquant d’entendre des personnes qu’on apprécie dire ça, j’essaie de les reprendre un peu, mais c’est compliqué.”

Notre entourage proche peut donc être un vecteur de préjugés à travers des propos discriminatoires, mais on retrouve aussi beaucoup cette violence à l’école, au collège, au lycée et dans les études, comme l’explique un grand nombre de répondants. Le harcèlement, que le gouvernement définit comme une violence répétée qui peut être verbale, physique ou psychologique, s’est malheureusement frayé un chemin sur les bancs de l’école. Le choix de la victime est souvent orienté par des considérations discriminatoires (racisme, grossophobie, handicapophobie, ou encore plus trivialement le choix d’une personne déjà isolée et fragile). Camille témoigne : “J’ai déjà vécu des discriminations par rapport à mon physique quand j’étais au collège. Je me sentais mal face aux autres à qui je ne ressemblais pas. Ces personnes m’ont fait perdre ma confiance en moi à cette période.”

Au moment où chaque jeune cherche sa place, veut comprendre qui il est et ce qu’il souhaite devenir, les discriminations soufflent fort sur le fragile château de cartes qu’est la confiance en soi des jeunes. Impossible d’oublier les insultes, les remarques, les regards voire les gestes violents dont on a été la cible ou le témoin. Ce sont souvent des marques indélébiles dans l’esprit, qui poussent les jeunes à culpabiliser : et si je devais vraiment avoir honte de qui je suis ? Et si je n’étais pas assez bien pour eux ? Ces questions traversent au moins une fois l’esprit de quiconque est victime de discrimination, même les plus confiants. “Paroles en l’air”, “coup de colère”, “blagues” se défendent les agresseurs, qui minimisent la violence infligée. Mais quand la discrimination mène au suicide, une “parole en l’air” peut tuer. La prévention se renforce contre le harcèlement scolaire, contre les discriminations et pour la santé mentale, mais le spectre du suicide reste bel et bien là et nombreux sont les jeunes à en parler dans notre questionnaire. Selon l’étude de l’INJEP autour du suicide des jeunes réalisée en janvier 2015, “Discriminations, harcèlement, […] peuvent donc constituer des facteurs de risque de survenue d’épisodes dépressifs ou de basculement vers des comportements suicidaires. Les phénomènes d’exclusion, de mépris et de stigmatisation peuvent conduire à une perte d’estime de soi, une perte de confiance dans l’avenir et les autres.”

Les discriminations se vivent également à l’embauche. En JOC, nous dénonçons depuis plusieurs années la différence de traitement de la candidature des jeunes, particulièrement quand ils sont issus du milieu ouvrier et des quartiers populaires, par rapport à une autre candidature. Les préjugés concernant les jeunes et le travail (inexpérience, manque de fiabilité, fainéantise, manque de connaissance des codes du monde de l’entreprise …), qui sont en partie véhiculés par les médias, doivent cesser. Nous l’écrivions dans la doléance 25 du Cahier de Doléances : “Nous voulons que chaque jeune puisse avoir les mêmes chances à l’entrée dans le monde du travail. Les jeunes des quartiers populaires qui subissent le plus le chômage (45% contre pas moins de 23% pour tous les jeunes selon l’INSEE, 2012) sont également les premiers à subir les pratiques discriminatoires. Il faut renforcer le contrôle et les sanctions pour supprimer ces pratiques. Il est donc important que chacun et chacune soit sensibilisé à l’illégalité de toutes formes de discriminations et à lutter contre elles. Des formations aux droits, aux outils et aux acteurs pour détecter et agir en cas de discrimination doivent être assurées pour tous : des postulants aux recruteurs. Cela nécessite également la mise en réseau et le travail collaboratif entre tous les acteur•trice•s luttant contre chaque forme de discrimination.”

On pense souvent aux discriminations de personne à personne, mais la violence de la discrimination est parfois exercée par les institutions ou la société. Pas de place en crèche pour un bébé d’origine étrangère, difficulté d’accès à certains formulaires publics car trop compliqués, notamment pour un primo-arrivant, transports publics ou privés inadaptés aux personnes obèses ou handicapées … Parfois involontaire, le manque de prise en compte de la diversité de notre société s’avère choquant et peut complètement changer le quotidien de la personne qui en est victime.

Loin de s’arrêter à la dénonciation, les jeunes utilisent leur révolte comme énergie pour proposer des solutions constructives, convaincus qu’une société sans discriminations sera plus juste et plus apaisée, comme le détaille Abtati : “[On doit se battre] pour que la vie en communauté soit possible. [Il faut] apprendre dès l’enfance que nos différences ne nous divisent pas, mais qu’au contraire elles nous rapprochent.” Les jeunes exhortent chacune et chacun à prendre ses responsabilités, à se questionner sur ses propres comportements et sur ceux de ses proches. C’est bel et bien par la vigilance de chacun qu’à notre échelle nous pouvons combattre les discriminations.

Mais en JOC, la force du collectif n’est pas qu’une idée. Nous savons à quel point il est puissant de nous rassembler pour porter la voix des opprimés, pour affirmer notre ferme opposition à toute forme de discrimination ou de préjugé. Nous savons aussi qu’il est important de savoir vers quelle société nous voulons tendre : une société où chacun et chacune s’ouvre à l’autre, prend soin de l’autre, respecte l’autre dans sa différence et la célèbre, comme l’autre célèbre ma différence.

Andréa, 28 ans, préconise également de se tourner vers le partage, la discussion, de ne pas rester seul et d’utiliser la force du groupe pour mettre un terme à la souffrance : “Il ne faut pas se laisser faire, en parler avec des associations pour montrer que ça nous a touché”. Le collectif, c’est la lutte à travers des associations comme la nôtre, mais aussi à travers les institutions comme l’Éducation Nationale, dont le rôle de prévention et de détection est capital. La formation des enseignants à échanger autour des discriminations pour sensibiliser les élèves, mais aussi pour identifier les cas avérés joue un rôle essentiel pour éviter le pire. Le manque de moyens des établissements scolaires en matière d’accompagnement des élèves pour leur parcours scolaire ou pour leur santé à un impact sur ces faits de harcèlement qui s’installent et contre lesquels il est difficile d’agir. Il est nécessaire d’agir collectivement, de mobiliser tous les acteurs concernés par ces problématiques : associations locales et nationales, écoles, mairies, institutions publiques, ministères.

L’action individuelle et collective est donc au cœur de ce combat contre l’ignorance et la bêtise, comme nous le confie Luc : “C’est important d’agir pour plus de justice, pour avoir de l’égalité et de l’entraide entre tous. Il faut essayer de changer les mentalités de tous même si c’est difficile pour avoir plus d’acceptation dans la société.”

C’est parti pour une deuxième année de CNA résolument tournée vers l’action !