Travail dimanche : pour quelle société ?

Depuis plusieurs mois, le débat sur le travail du dimanche agite la société. Il y a ceux qui y voient l’opportunité de gagner d’avantage d’argent et ceux qui y voient un outil de casse du droit du travail. Le débat est en réalité plus complexe, décryptage.
Si le projet sur les exceptions au repos dominical dans les commerces, remis au Premier ministre par Jean-Paul Bailly le 2 décembre dernier était validé par le gouvernement, la mise en œuvre d’une telle réforme aurait de sérieuses conséquences.
Ces derniers mois, des témoignages de salariés affirmant vouloir travailler le dimanche pour des raisons purement financières (Sephora, Mr Bricolage…) se sont multipliés. En effet, cette journée est payée double dans la majeure partie des cas. L’argument du pouvoir d’achat semble évident à l’heure où de nombreux jeunes galèrent pour payer leur loyer, leurs études…
De plus, le fait que certains secteurs travaillent déjà le dimanche (santé, sécurité, commerces de proximité…) vient conforter les partisans de cette pratique. Enfin, d’autres réclament aussi le droit de pouvoir consommer le dimanche, faute de temps le reste de la semaine.
Ces arguments interrogent la société et les jeunes. Pourtant, selon une enquête de la CFDT , près de 7 salariés sur 10 refusent de travailler le dimanche même avec une contrepartie financière. En effet, le dimanche est toujours perçu comme le jour de repos où l’on peut se retrouver en famille, se reposer ou faire du sport avec des amis. Ces notions de loisirs, de partage et le droit au repos ne sont pas à négliger et doivent être pris en compte par le pouvoir politique.
Certes des branches d’activité fonctionnent le dimanche pour répondre à des besoins indispensables (hôpitaux, pompiers…) mais cela ne doit pas laisser penser qu’une généralisation de cette pratique est souhaitable. L’ouverture des magasins le dimanche interroge le type de société que nous voulons. Une basée sur la consommation permanente qui demande aux travailleurs d’être tout le temps disponibles pour les clients ? La consommation et le travail doivent-ils être les seuls moteurs de notre vie ?
L’assouplissement du travail dominical ou encore du travail de nuit remettent en cause également la possibilité de s’engager. En JOC par exemple, on constate de plus en plus l’impossibilité pour des jeunes de participer aux temps ou aux révisions de vie à cause d’horaires atypiques. Avec plus de travail le dimanche, il sera encore plus dur de se retrouver en JOC, à l’église, au foot, autour d’un barbecue ou d’une raclette. Enfin, il faut noter que ces assouplissements toucheront avant tout les travailleurs les plus précaires et qu’une fois de plus on décide à la place des jeunes de milieux ouvriers ce qui est bon pour eux.
Pour agir on peut se poser seul ou en équipe quelques questions :
Est-ce que j’aimerais travailler le dimanche ? Si je travaille le dimanche, est-ce par choix ou par contrainte ?

Aller plus loin
Que dit la loi aujourd’hui ?
Depuis mai 2009, la loi visant à rénover les dérogations au repos dominical les limites à trois cas: les commerces de détail dans les communes touristiques et les zones touristiques d’affluences exceptionnelles, les « périmètres d’usage de consommation exceptionnel » (PUCE), où il existe déjà de véritables habitudes, anciennes, de consommation dominicale et conformément aux recommandations du Conseil Economique et Social, les commerces de détail alimentaire qui sont ouverts le dimanche jusqu’à 13 heures.

Le cas particulier du salarié de moins de 18 ans
Tout salarié de moins de 18 ans peut travailler le dimanche si l’entreprise bénéficie d’une dérogation au repos dominical. Il conserve le droit à 2 jours de repos consécutifs par semaine.
Par contre, l’apprenti de moins de 18 ans n’a pas le droit de travailler le dimanche, sauf dans les secteurs pour lesquels les caractéristiques particulières de l’activité le justifient : l’hôtellerie, la restauration, les cafés, tabacs et débits de boisson, la boulangerie, la pâtisserie, la boucherie, la charcuterie, la fromagerie-crèmerie, la poissonnerie.