Position sur le service civique

Le 13 septembre 2016, la JOC a été auditionnée par le CESE sur sa position sur le service civique.

 » Le service civique reste pour la JOC un formidable dispositif mis en place pour favoriser l’engagement des jeunes. Il leur permet de se rencontrer, de faire des découvertes et de cheminer collectivement. Toutefois, il faut qu’il y ait une réelle volonté politique et les moyens nécessaires mis en place. »

Les jeunes que l’on rencontre en JOC témoignent d’un manque de transmission de valeurs collectives. Souvent ils se sentent rejetés dans le monde du travail, dans la sphère politique ou dans la société en général. Ainsi, le service civique pourrait permettre à tous ces jeunes de vivre un engagement collectif. Ils pourraient se sentir utiles à la société.

Malheureusement, de nombreux jeunes ont fait les frais de dérives du service civique actuel.

4 points sont pour nous inacceptables :

  • Les frontières entre service civique et emploi sont trop floues

Le financement des associations et collectivités est en baisse constante. Aussi, le service civique offre une perspective de main d’œuvre bon marché.

En parallèle, les jeunes du milieu ouvrier évoluent dans un contexte de chômage de masse : 45% de chômage des jeunes dans les zones urbaines sensibles. Aussi, ils se retrouvent de plus en plus contraints d’accepter une mission en service civique. Ils voient cela comme une expérience professionnelle sous-payée spécialement créée pour eux.

Aujourd’hui, faut de mieux, on oriente des jeunes en recherche d’emploi vers des missions en service civique. Cette précarisation ne touche pas que les jeunes contraints de chercher un service civique plutôt qu’un emploi. C’est également tous les autres salariés de structures accueillant des services civiques qui se retrouvent mis en concurrence avec les jeunes en mission.

Par ailleurs, le service civique « choisi » concerne encore trop souvent les jeunes les plus privilégiés. Dans la recherche d’un service civique, c’est la même concurrence que celle qui se joue dans la recherche d’emploi.

  • L’indemnité actuelle du service civique ne permet pas aux jeunes de vivre un engagement sans voir leur situation se précariser.

Le service civique actuel propose une rémunération fixée entre 573,65 euros et 680,15 euros par mois. Par ailleurs, une personne est considérée pauvre, en France, lorsqu’elle vit avec 840 ou 1 008 euros de revenus mensuels. Les jeunes du milieu ouvrier ne peuvent pas se permettre d’offrir plusieurs mois de bénévolat. Avec une telle indemnité, les jeunes qui peuvent vivre une mission de service civique sont ceux qui peuvent s’appuyer sur des personnes ressources (hébergement, aide financière…).

  • L’accompagnement dans la mission est très important.

C’est souvent la première fois que les jeunes ont la responsabilité d’entreprendre quelque chose par eux-mêmes. La JOC revendique donc une formation poussée. Elle permettra aux jeunes de s’impliquer dans leurs missions et de s’épanouir. De même, un accompagnement vers l’emploi doit être proposé à chaque jeune en service civique. Il permettra de faire d’en un réel tremplin pour l’insertion professionnelle.

D’autre part; te financement des associations et services publics qui accueillent des jeunes en services civiques devra être revu à la hausse. Ainsi, leur activité pourra se dérouler avec ou sans service civique. Cela permettra aussi qu’ils aient les moyens d’accueillir convenablement les jeunes en mission.

  • Les missions de services civiques doivent être plus contrôlées.

Pour la JOC, la montée en puissance du service civique risque de causer une dégradation des missions proposées. Cela pourra aussi entrainer de mauvaises conditions de déroulement et d’accompagnement. En effet, on compte déjà de nombreuses dérives dans les missions de service civique. Le contrôle des organisations devra donc être renforcé afin d’éviter la création d’emplois déguisés et sous-payés. Les contrôleurs doivent être amenés à rencontrer les jeunes dans les organismes. Et, les organismes doivent respecter les différentes obligations qu’implique la prise en charge de services civiques : accompagnement, formation. Ils doivent aussi être sanctionnés s’ils ne respectent pas les règles.

  • On ne peut pas considérer le service civique comme un moyen de forcer les jeunes à être solidaires et engagés. La société, elle-même, ne se montre ni solidaire, ni engagée dans l’amélioration de leurs conditions de vie.

La JOC tient à rappeler que les jeunes s’engagent toujours plus aujourd’hui. Trois jeunes sur cinq, interrogés par la JOC en 2013, se disent prêts à s’engager pour défendre leurs droits et ceux de leurs copains. Nous continuons à croire que l’engagement dans une association d’éducation populaire est une vraie chance pour les jeunes que nous rencontrons. Mais le statut de service civique n’apporte pour nous aucune plus-value pour le jeune. Il ne reçoit pas assez d’argent pour vivre dignement, il ne touche plus ses droits en matière de recherche d’emploi et il n’a aucun droit spécifique qui lui permet de se défendre ou d’être représenté. Nous finissons par douter des bienfaits de ce dispositif qui a créé, entre engagement bénévole et salariat, un entre-deux qui ne peut qu’être problématique. Finalement, quand un jeune témoigne d’un service civique qui l’a fait grandir, cheminer, cela tient plus à la pédagogie de l’association qui l’accueille qu’à la forme du service civique en lui-même.

A la JOC, nous continuerons à nous battre pour l’engagement des jeunes. Mais nous sommes aussi engagés pour que chaque jeune accède à l’autonomie par un emploi digne, un logement, un accès à la santé, aux loisirs, à la culture… C’est dans ces conditions seulement qu’un jeune pourra s’engager librement. »

#DignesetTravailleurs