Et si on parlait des apprentis ?

Apprentissage Malgré de nombreuses promesses et mesures politiques, l’apprentissage est toujours à la peine en France. Quelles solutions pour dynamiser ce secteur ? La JOC, la CGT, l’UNEF et l’UNL ont lancé un appel en septembre pour mobiliser les pouvoirs publics.

50 000. C’est le nombre de jeunes en apprentissage que le gouvernement souhaite atteindre en 2017. Aujourd’hui, ils sont 415 000 à le choisir.
Pourtant, la formule de l’apprentissage a de quoi séduire ! Possible jusqu’à 25 ans, elle alterne formation théorique en classe et pratique en entreprise. Très efficace pour l’insertion professionnelle des jeunes, c’est notamment son image dégradée qui l’empêche de se développer aujourd’hui.
Dans leur communiqué, la JOC et ses partenaires précisent qu’il ne faut pas s’enfermer dans une logique strictement quantitative : « Cet objectif chiffré, basé sur des mesures de promotion de l’apprentissage et d’aide aux employeurs, est en décalage complet avec le vécu des jeunes sur le terrain, confrontés à la difficulté de trouver un employeur, y compris dans des secteurs dits « en tension », comme le bâtiment ou l’hôtellerie/restauration par exemple. »
Pour Sophie Binet, membre du Bureau confédéral de la CGT, les chiffres parlent d’eux-mêmes : «30% des contrats d’apprentissage sont rompus, notamment pendant les premiers mois, 20% des apprentis qui vont au bout de leur contrat n’obtiennent pas leur diplôme. C’est sur ces questions qu’il faut travailler !» Même son de cloche à la CFDT. Pour Yvan Ricordeau, secrétaire national de la confédération : « Les apprentis sont souvent confrontés à des conditions de vie loin d’être évidentes. Il arrive qu’un apprenti jongle entre trois lieux de vie assez éloignés : le CFA, l’entreprise et le domicile. »
Julien a 20 ans et n’a toujours pas trouvé de patron pour sa formation en boulangerie. « Les démarches sont compliquées quand on a pas d’expérience comme moi et ce n’est vraiment pas facile de trouver un patron qui prenne un apprenti. »
Pour Julie, 18 ans, le problème vient plutôt de l’image envoyée par cette voie. « Jusqu’à présent, on a l’impression d’être une sous-catégorie de jeunes qui a choisi une voie de garage faute de mieux. Mais l’apprentissage pour moi c’est ce qu’il y a de mieux et de plus concret ! »
Envers et contre tous, les apprentis restent donc en majorité fiers de ce qu’ils sont et de ce qu’ils font. Ils espèrent simplement que les décisions politiques seront à la hauteur de l’enjeu. « Il y a eu déjà tellement de promesses mais au final très peu de choses ont changé » pour Thibaut, 31 ans et ancien apprenti en ébénisterie.
Pour la JOC et ses partenaires, le meilleur moyen de valoriser cette voie de formation est donc d’améliorer les conditions de formation et de travail des apprentis.
Et les revendications sont précises : « Nous demandons l’ouverture d’une concertation sur les droits des apprentis, permettant d’améliorer leurs conditions de vie, de formation et de travail notamment sur les sujets suivants :
• La rémunération des apprentis, qui doit augmenter et prendre en compte le niveau de qualification
• L’accompagnement pour la recherche d’un employeur et le renforcement de l’engagement des entreprises de plus de 50 salariés et des branches sur ce sujet. Nous souhaitons également qu’un travail soit ouvert pour renforcer la mixité Femmes/Hommes notamment aux niveaux IV et V.
• L’accompagnement pédagogique et la qualité de la formation, dans le CFA et dans l’entreprise, pour prévenir les ruptures de contrats et augmenter le taux de réussite. En effet, en Ile de France par exemple, pour les niveaux V, 35% des contrats d’apprentissage sont rompus avant la fin de la formation, et le taux de réussite est de 80% pour les apprentis qui continuent leur contrat jusqu’au bout. Seuls 53% des inscrits obtiennent donc leur diplôme.
• La protection sociale des apprentis, et les mesures d’accompagnement en matière de transport et de logement par exemple. Nous interpellons d’ailleurs le gouvernement car le décret permettant la prise en compte des trimestres d’apprentissage pour le calcul des retraites n’est toujours pas sorti.
• La garantie d’accéder à un emploi stable à l’issue du contrat d’apprentissage, alors que la crise a fortement dégradé l’insertion des apprentis : 7 mois après avoir quitté le CFA, 65% des anciens apprentis sont en emploi. Parmi ceux-ci, seuls 58,5% sont en emploi à durée indéterminée. »
Enfin les organsinions interpellent directement François Hollande à tenir ses engagements de campagne, mais aussi les chefs d’entreprises à se mobiliser : «Au patronat de s’engager pour recruter des apprentis, assurer une formation de qualité dans l’entreprise et une insertion durable. »

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