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Pourquoi le célibat consacré dans l'Eglise ?
Après notre article sur la perception de prêtres et religieuses dans l’Eglise, nous revenons sur les raisons et les motivations du célibat consacré. Frère François de Taizé, livre son point de vue.C’est dans le message de Jésus qu'on trouve un appel au célibat. D'abord on voit autour du Christ se former une « vie alternative », c'est-à-dire qu'il demande à certains de tout quitter et de le suivre.La façon dont Jésus a parlé de cela reste souvent difficile, en particulier sur la question de l'appel au célibat : « Il y a des eunuques qui le sont dès le sein de leur mère, il y en a qui sont ainsi à cause des hommes, et il y a ceux qui se sont faits ainsi à cause du Royaume de Dieu. » (Mt 19, 12). Jésus le dit bien : « Ils se sont faits ainsi », ils sont entrés dans cet état de vie librement à cause du Royaume des cieux.Mais la parole choque quand même : Jésus parle de façon assez crue en utilisant ce mot « eunuque » qui désigne des hommes qui se sont castrés volontairement. Jésus n'appelle pas à cet acte, mais impose une exigence de célibat à ceux qui le suivent.L'autre fondement dans le Nouveau Testament est la description de l'église de Jérusalem : un certain nombre de gens y ont mis tous leurs biens en commun et n'avaient « qu'un seul coeur et qu'une seule âme » (Ac 4, 32). Sous le choc de l'événement de la Pentecôte, une sorte de vague de fond s'est levée dans l'église. Dans ces débuts à Jérusalem, certains, librement, ont voulu réaliser une vie idéale, inspirée de l'Evangile : une communion où tout est partagé.Cette vie commune, qu'on dit religieuse ou consacrée, touche à trois domaines qui concernent tout être humain : l'argent, la sexualité et le pouvoir. Tout être humain, qu'il soit dans la vie commune ou marié, et dans sa vie professionnelle, doit faire face à ces trois aspects. On ne peut pas isoler un de ces engagements de la vie religieuse. Ils forment un ensemble. L'appel au célibat n'est pas facilité par une société qui étale tellement l'érotisme. En même temps, comparé à autrefois, il ne s'agit plus d'un tabou dans la sexualité et il y aura certainement moins cet énorme problème de culpabilité que pouvaient avoir ceux qui, autrefois, s'engageaient dans cette voie.L'homme est peut-être davantage libre de répondre à ce sujet. La difficulté actuelle est réelle car, dans notre société, on part souvent de l'idée que tout être humain a droit à tout et doit pouvoir tout vivre pour se réaliser. On accentue fortement le manque impliqué dans le célibat. L'ennui de ce langage est qu'on parle parfois du célibat avec une certaine résignation, comme s'il fallait accepter que quelque chose à quoi tout le monde a droit, nous manque.Nous pouvons aussi être tenté de répéter ce langage pour nous-mêmes : j'accepte que tout ne soit pas pour moi. On ne voit pas assez que le célibat est beau à vivre, qu'il peut y avoir un élan pour le choix du célibat. Il n'est pas du tout inhumain, ni contraire à ce que l'homme est par lui-même.S'il est beau, c'est qu'il y a en lui une place qui reste ouverte : celle que le Christ se réserve. Dans notre vie, cette place ouverte reste jusqu'au bout. Sans le Christ, le choix de notre vie n'aurait pas de sens. La place que nous lui laissons jour après jour constitue une marque du Christ, qui est un don, un cadeau. Nous recevons dans le célibat une famille plus grande que celle de ceux qui sont mariés. Un bon père et une bonne mère de famille doivent se consacrer d'abord à leur famille. Tandis que beaucoup d'êtres humains peuvent nous être proches, peut-être justement parce que nous ne sommes pas mariés.Le célibat est beau aussi parce qu'il n'est pas un acquis obtenu une fois pour toutes. L'homme ou la femme célibataire ne sont pas comme un arbre mort, mais ils continuent à vivre et à évoluer. Le célibat leur demande une réadaptation constante. à chaque âge de la vie, il est demandé de répondre à nouveau.Le célibat ne peut être vécu qu'à cause du Christ, il ne peut pas être vécu autrement ; c'est Lui seul qui peut permettre les dépassements qui s'imposent dans certaines périodes de notre vie. C'est Lui seul, comme l'ont beaucoup dit les livres de frère Roger1, qui peut transfigurer ce qui, à première vue, ne se laisse pas transfigurer, ce qui ne se laisse pas modifier en nous. Lui, dans son amour, a pouvoir sur cela.
Article paru dans Assez Zoné en juillet 2006
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