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Retraites : « Faire comprendre les enjeux »
VO : En l'état actuel du débat et au regard de l'évolution démographique, comment les jeunes appréhendent leur situation (sociale, professionnelle, etc.) dans quarante ans, à l'heure de leur départ à la retraite ? Quelles sont leurs craintes et leurs espoirs ?
Inès Minin : 80 % des jeunes interrogés sont ou ont été enthousiastes à l'idée d'entrer dans le monde du travail. 71 % des jeunes se disent optimistes pour leur propre avenir. Mais ils sont 67 % à se dire pessimistes pour l'avenir des jeunes en France et 72 % à être pessimistes pour l'avenir de la France. C'est ce que révèle l'enquête JOC/CSA réalisée en janvier 2006 auprès de 31 206 jeunes. Ces chiffres soulignent bien l'espérance des jeunes de réussir leur vie, d'accéder à l'autonomie par le biais d'un emploi stable (un emploi qui permet de faire des projets à long terme, de s'épanouir et de décider librement de ses choix de vie) et, en même temps, leur inquiétude face à la situation de l'emploi en France aujourd'hui.
Pendant toute notre orientation, notre formation ce que l'on voit du monde du travail, c'est la peur du chômage, la difficulté à trouver un emploi où on se réalise, la difficulté à vivre sereinement cette activité professionnelle qui prend une large place dans notre vie. Pourtant, entrer dans la vie active est une étape importante dans nos vies qu'il nous faut préparer un maximum pour ne pas être déçu face aux exigences de l'insertion professionnelle pour un jeune : difficulté à trouver son premier emploi, difficulté à pouvoir prétendre à un poste parce que l'on manque d'expérience à 25 ans, difficulté aussi à pouvoir prétendre à un juste salaire puisque nous sommes débutants...
Cette difficulté d'accès à l'emploi, d'accès à l'autonomie occulte une bonne partie de notre champ de vision en ce qui concerne le monde du travail. Bien sûr nous ne sommes pas ignorants de la question des retraites en France mais cela fait longtemps qu'on nous a préparés au fait que nous devrons faire plus d'effort que nos parents. En effet, nos parents, nos profs, les médias, la société en générale nous ont déjà fait prendre conscience des conséquences du chômage en France. De fait, nous savons que nous n'accéderons pas tout de suite à un emploi stable et qu'il faudra multiplier les expériences professionnelles avant de se stabiliser. Nous savons également qu'il nous faudra travailler plus longtemps que nos parents et nous savons aussi qu'il nous faudra cotiser plus, afin de soutenir le système de solidarité sociale...
C'est une pilule que nous avons déjà commencé à avaler. Pourtant, l'accepter ne nous laisse pas indifférents face aux enjeux des acquis sociaux en France. Non, nous ne sommes pas passifs sur ce qui se passe en France aujourd'hui ; nous sommes prêts au contraire à participer à la mobilisation pour faire respecter la dignité des travailleurs. Pour nous c'est un héritage à valoriser, à respecter, à défendre et pour lequel nous sommes prêt à nous engager comme le montre notre forte mobilisation contre le CPE, le travail de la JOC auprès des saisonniers l'été, des apprentis afin qu'ils fassent respecter leurs droits, etc.
Pourtant, il est souvent difficile pour les jeunes de se mobiliser sur la question des retraites. Nos difficultés d'accès à l'emploi, à l'autonomie nous empêchent de nous projeter à long terme. Beaucoup de jeunes aujourd'hui ne savent pas ce qu'ils veulent faire comme métier, ni ce qu'ils feront dans trois ou quatre ans. Alors se projeter sur la retraite c'est encore pire. C'est pourtant un sujet qui nous concerne mais c'est surtout un sujet complexe pour nous puisque nous ne savons pas comment aura évoluer la situation de la France lorsque nous serons à l'âge de la retraite. Les prévisions le disent, c'est maintenant qu'il faut faire évoluer les choses sinon dans vingt ans, dans quarante ans ce sera la catastrophe. Avec cela en tête, nous savons que des décisions doivent être prises si nous voulons conserver un système de répartition solidaire et pertinent.

Quelles sont les analyses et les propositions de la JOC sur ce sujet ?
Pour sensibiliser les jeunes à cette question des retraites, il nous semble important d'entrer en dialogue avec eux afin de les aider à comprendre par la rencontre de témoins, d'acteurs sur cette question complexe. à travers notre campagne sur l'emploi des jeunes, nous avons souligné que la difficulté d'accès à l'emploi pour les jeunes aujourd'hui est un facteur d'exclusion et de désocialisation. Mais ce n'est pas en continuant à inventer des contrats spécifiques pour l'embauche des jeunes (exonérés des charges sociales) que nous diminuerons le chômage des jeunes. Ces solutions éphémères sont souvent une aubaine pour les entreprises qui sont peu à proposer ensuite un CDI à un jeune en contrat aidé, alors que ceux-ci pèsent sur la Sécurité sociale et les fonds de solidarité.
Nous sommes sensibles à la question de la pénibilité du travail. En effet, de nombreux jeunes à la JOC commencent à travailler tôt (les apprentis, les jeunes issues d'une filière professionnelle, les jeunes vite déscolarisés, etc.). Ce peut-être le cas aussi de leurs parents qui ont commencé à travailler très jeunes dans des métiers manuels parfois très durs... Selon nous, on ne peut remettre en question leur droit à partir plus tôt en retraite en compensation de la pénibilité de leur travail.
Il y a certainement besoin de remettre les choses à plat, mais nous nous devons de trouver des solutions juste pour chacun.

La JOC est-elle solidaire de la mobilisation actuelle pour la sauvegarde du système de retraite solidaire ? Si oui, pourquoi et comment s'inscrit-elle dans le mouvement ?
Oui, la JOC est pour la sauvegarde du système solidaire des retraites, mais notre rôle dans ce qui se passe aujourd'hui est de sensibiliser les jeunes à cette question des retraites. Il est nécessaire de travailler avec eux à comprendre les enjeux pour faire entendre leurs voix. Comme je le disais, le système de retraite solidaire fait partie de ces acquis sociaux qui pour nous, jeunes, doivent être respectés, défendus et valorisés. La JOC avec ses quatre-vingts ans d'histoire, s'est manifestée partout où vivaient des jeunes travailleurs. Par son esprit revendicatif, la JOC s'est inscrite dans les luttes sociales qui ont participé à la construction de la société. Dans le passé le mouvement a déjà soutenu et obtenu la création des foyers de jeunes travailleurs, la mise à disposition des photocopieuses dans les ANPE, la cinquième semaine de congés payés, etc. Et aujourd'hui, nous poursuivons en ce sens, mais en nous adaptant aux jeunes d'aujourd'hui.
La JOC, qui est une association d'éducation populaire gérée par les jeunes eux-mêmes, travaille à donner des repères aux jeunes, à leur donner des clés pour mieux comprendre le monde qui les entoure, afin qu'ils puissent prendre en main leur vie.
Cela passe aussi par leur permettre de s'approprier les questions d'actualité, de les comprendre et d'en débattre ensemble et avec des acteurs, afin de se forger des convictions, un point de vue. Nous complétons ce travail en leur faisant découvrir les lieux d'engagements possibles pour faire avancer la situation. Suite à notre campagne sur l'emploi des jeunes, nous avons le souci de leur syndicalisation et nous souhaitons mettre en place un groupe de travail avec les différents syndicats pour permettre que les jeunes osent se syndiquer plus sereinement.

Propos recueillis par ève Scholtès


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