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La travail c'est la santé ? "Il faut arrêter de tout faire pour casser le collectif"
Pour compléter cette série de témoignages sur le thème de la souffrance au travail, en lien avec le dossier du nouveau numéro d’Assez Zoné, l’interview de Jean-Yves Dubré. Consultant en médecine du travail à l’hôpital d’Angers.

Que recouvre la souffrance au travail ?
Dans une période où les mots sont utilisés de manière à ne pas dire les choses, les expressions sont banalisées. De souffrance au travail, nous devrions parler de souffrance psychique liée au travail. Le travail est une question de rapport subjectif, on ne s’investit pas seulement physiquement dans son travail mais on investit aussi le psychisme. On doit s’épanouir dans son travail, il nourrit la santé et l’identité d’un salarié.
Souffrir au travail c’est normal, c’est l’expérience de l’échec. ça ne devient pas normal lorsqu’on a du mal à supporter toutes les tâches et que ça dure dans le temps. On finit alors par baisser les bras.
La souffrance psychique liée au travail recouvre plusieurs aspects :
D’une part la question de la reconnaissance, de ses pairs, la confiance dans les autres qui permet de créer de la coopération. D’autre part, le jugement d’utilité, c'est-à-dire la reconnaissance de la hiérarchie. Qui correspond globalement à ce qui est attendu du salarié. Et enfin, la gratitude qui vient du client. Quand tous ces facteurs sont réunis, on devrait aboutir à une forme d’épanouissement au travail.

Comment ont évolué les formes de souffrance au travail ces dernières années ?
Depuis les années 90, les gens sont de plus en plus isolés dans leur travail, condamnés à ne plus penser. Les entreprises ont poussé à isoler les gens et à exiger de plus en plus de boulot. Les collectifs se sont cassés. Alors qu’un collectif de métier a toujours été synonyme d’épanouissement. On a fait la chasse au temps mort, notamment avec l’arrivée des 35 heures.
De plus, la gestion et l’organisation du travail reste très précise. Par exemple, dans les centres d’appels, les salariés sont placés dans des systèmes impossibles ou il faut faire du chiffre. On leur demande d’un côté d’être convaincants, dynamique, on fait donc appel à leur subjectivité et dans le même temps, on doit respecter des étapes bien précises dans la conversation avec le client. C’est très paradoxal et ils sont perdants à tous les coups.

De quelle manière déceler la souffrance au travail chez un salarié?
La souffrance psychique liée au travail s’exprime d’abord par le corps puis elle est « mentalisée ». C’est pourquoi, les salariés se tournent d’abord vers leur médecin traitant avant d’aller voir un médecin du travail. Quand une personne rencontre des problèmes, qu’elle souffre au travail, la première personne qui « tombe », sert souvent de sentinelle dans l’entreprise, elle a une fonction d’alerte. Grâce à elle, on peut souvent découvrir et déceler toute une organisation du travail qui dysfonctionne dans l’entreprise.

Est-ce qu'il y a des remèdes ?
Parfois les employés sont assez fort pour prendre du recul et se dire « je quitte mon boulot car ça ne va plus ». Quitter son boulot pour sauver sa peau. D’autres soutiennent qu’ils n’ont pas le choix et finisse par tomber dans la maladie.
Il faut arrêter de tout faire pour casser le collectif, mais ça va être très long à réparer. Aujourd’hui, ce qui a été souvent renvoyé sous la forme médiatique fait bouger les choses du côté des politiques. Il faut réinstaurer les moments informels dans l’entreprise. Rien que la pause café contribue à améliorer les relations dans l’entreprise. CHACUN dans son boulot est amené à changer les choses. En créant du lien entre collègue par exemple on crée par la même occasion des résistances. On ne pourra pas arriver à un idéal immédiatement, mais il faut amener chacun à débattre ensemble et collectivement.



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